La trajectoire de plus en plus divergente des taux au Canada

Les rendements des obligations souveraines canadiennes ont augmenté au cours des derniers mois ; le rendement de l’emprunt d’État à 10 ans s’est ainsi récemment hissé à son plus haut niveau en 2 ans. Cette correction semble être plus liée au thème de la relance en vogue actuellement aux États-Unis qu’aux fondamentaux de l’économie canadienne.

Le marché pense actuellement que la Banque du Canada (BoC) va opter pour le statu quo durant toute l’année 2017 et n’anticipe qu’un relèvement des taux de 20 points de base en 2018. La prise de position de la BoC, tout comme celle de la BCE, de la BoE et de la BoJ, apparaît de plus en plus en contradiction avec les perspectives de la politique monétaire aux États-Unis.

Toutefois, contrairement aux États-Unis, le taux de chômage de 6,9 % demeure élevé par rapport aux années d’avant la crise et la BoC continue de mettre en avant le niveau du sous-emploi qui persiste sur le marché du travail. Même si l’inflation globale s’est accélérée ces derniers mois, la BoC en a minimisé l’importance à l’occasion de sa dernière réunion dans la mesure où la croissance des salaires demeure anémique et le nombre global d’heures travaillées reste faible.

Le marché tend à anticiper une hausse des taux, mais il existe toutefois quelques risques baissiers clés entourant cette opinion.

Premièrement, le pétrole. La baisse du prix du pétrole a pesé sur la croissance du PIB du Canada en 2015 et en 2016 et le récent accès de faiblesse du prix de l’or noir pourrait possiblement continuer d’avoir un impact négatif. Elément encourageant, une analyse de la Banque Royale du Canada tend cependant à indiquer que le pétrole n’est pas véritablement une source de préoccupation à l’heure actuelle dans la mesure où il faudrait que le prix tombe en-deçà des 25 dollars pour conduire les entreprises à commencer à interrompre leurs activités. Pour autant, il faudrait que le prix franchisse les 70 dollars pour se traduire par des investissements dans l’acquisition d’installations existantes (dits « brownfield ») et les 100 dollars pour conduire à d’importants investissements dans la construction de nouvelles installations (dits « greenfield ») – nous en sommes encore loin.

Deuxièmement, la vigueur de l’économie intérieure est clairement un sujet d’inquiétude pour les autorités monétaires. Le sous-emploi précédemment mentionné sur le marché du travail, les exportations non-énergétiques décevantes et la croissance atone de l’investissement restent des domaines à suivre avec attention (bien que le précédent coup de pouce budgétaire de 11 milliards de dollars dans les dépenses d’infrastructure ait quelque peu échoué en raison du caractère décevant des souscriptions pour le financement de nouveaux projets). A cela s’ajoutent deux autres éléments importants : les prix immobiliers résidentiels continuent de fortement augmenter dans l’ensemble du pays (surtout à Toronto) et les ménages sont de plus en plus endettés (comme la Banque Royale du Canada l’a souligné, le ratio dette non hypothécaire/revenu disponible des ménages a atteint un nouveau niveau record de 167,3 % au 4ème trimestre).

Enfin, et c’est peut-être le plus important, la politique économique américaine va avoir un impact significatif sur l’économie canadienne. Si les tensions commerciales s’intensifient ou si les États-Unis devaient mettre en place ou envisager de mettre en place un ajustement fiscal à la frontière afin de financer les baisses d’impôt pour les ménages, le choc sur les termes de l’échange pourrait compromettre les perspectives canadiennes. D’un autre côté, les projets budgétaires de l’administration américaine demeurent flous et tout coup de pouce budgétaire offert à l’économie américaine pourrait avoir des répercussions positives sur l’économie canadienne.

Dans l’état actuel des choses, il est difficile de contester les taux implicites du marché – la politique monétaire canadienne va probablement rester stagnante et va ainsi avoir pour effet de creuser encore un peu plus le fossé existant avec la politique monétaire américaine. Toutefois, dans une perspective à plus long terme, les risques entourant l’économie canadienne ne sont pas encore dissipés ; aussi, il est tout aussi possible que la prochaine évolution des taux d’intérêt puisse être une baisse. Dans ce contexte, un positionnement optimiste vis-à-vis des emprunts d’État canadiens et pessimiste à l’égard du dollar canadien est peut-être justifié.

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