A quoi ressemblent les indices d’emprunts d’État mondiaux après prise en compte de l’impact des différents QE ?

Richard a récemment écrit un article sur la façon dont les indices d’emprunts d’État devraient être ajustés pour tenir compte des achats réalisés au titre de l’assouplissement quantitatif (QE) de la BCE. Ces ajustements permettraient en effet de mieux refléter les véritables possibilités d’investissement dans le marché. L’enseignement principal de son article est le suivant : en l’absence de tels ajustements, les indices d’emprunts d’État européens surpondèrent de façon trompeuse les pays les mieux notés, alors même que l’encours de la dette émise par ces derniers n’est pas librement disponible à l’achat.

Je me suis appuyé sur ce travail pour tester cette idée à l’échelle mondiale en utilisant l’indice ICE Bank of America Merrill Lynch Global Government Bond (indice repondéré pour tenir compte des QE mis en œuvre en Europe, aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Japon). Si le principe reste le même (à savoir que la structure des indices obligataires devrait être modifiée pour tenir compte des QE), l’impact au niveau mondial diffère de deux façons par rapport à l’analyse menée sur le seul univers européen.

  1. Ces ajustements visant à tenir compte des importants programmes de QE ne conduisent pas forcément à réduire le poids des pays concernés dans l’indice obligataire.

De manière générale, j’avais anticipé que les pays qui s’étaient lancés dans un QE verraient leur poids dans l’indice baisser, tandis que d’autres marchés nationaux verraient leur représentation augmenter (c.-à-d. ceux qui n’ont pas lancé de QE). Si l’on examine le tableau ci-dessous, cette idée se vérifie pour les pays dont les banques centrales sont toujours engagées dans des QE d’envergure (par exemple : Japon, Allemagne, Suède), ou pour ceux dont c’était le cas auparavant (exemple du Royaume-Uni, qui s’était récemment engagé dans un QE après le référendum sur l’appartenance à l’Union européenne). Cependant, je ne m’attendais pas à ce que le poids des États-Unis, pays figurant en tête de la liste, augmente de 3,33 %.

Certes, la Fed américaine a finalisé un programme d’achat d’emprunts d’État d’une valeur de 2 500 milliards de dollars, mais son ampleur a été dépassée par les 400 000 milliards de yens (env. 3 500 milliards de dollars au 20 octobre) achetés par la Banque du Japon au titre de son QE toujours en cours. En repondérant l’indice sur la base du flottant des emprunts d’État, le Japon (deuxième pondération de l’indice, mais pays ayant engagé le plus massif des QE) voit son univers d’investissement disponible se restreindre considérablement. Le poids du Japon dans l’indice passe ainsi de 27 % à 20 %. D’un autre côté, même si l’univers d’investissement américain s’est également réduit, l’encours en circulation de sa dette reste élevé. En conséquence, les États-Unis parviennent à conserver leur première place dans l’indice, le poids de ce pays passant même de 36 % à 39 %.

  1. La prise en compte des QE à l’échelle mondiale permettrait d’améliorer la qualité de crédit de l’indice

Dans le précédent article du blog qui traitait de l’univers européen, nous avions montré que la prise en compte du QE entraînait une baisse du poids dans l’indice des pays les mieux notés comme l’Allemagne, en faveur d’économies moins bien notées comme l’Italie ou la France. Si cette tendance persiste au niveau mondial, la réduction du poids du Japon évoquée ci-dessus a un effet opposé significatif. Comme que les emprunts d’État japonais ne sont notés que A, la repondération en faveur d’autres pays comme les États-Unis, l’Australie, ou le Canada (pays mieux notés), conduit à une amélioration de la qualité de crédit de l’indice mondial (67 % notés AAA ou AA, contre 62 % auparavant). C’est le phénomène opposé à celui de l’indice européen dont la qualité de crédit se détériore.

Cette analyse a des implications pratiques intéressantes. Nous faisions valoir précédemment que les ETF répliquant les indices européens non ajusté du QE pouvaient potentiellement alimenter la hausse des cours des emprunts d’État européens (car ils obligent à acheter des titres présentant de faibles flottants). Si cette idée s’applique également aux emprunts d’État japonais, en revanche les bons du Trésor américain sont de leur côté probablement sous-achetés (par rapport à leur poids réel dans l’indice mondial).

La valeur des investissements peut fluctuer et ainsi faire baisser ou augmenter la valeur liquidative des fonds. Vous pouvez donc ne pas récupérer votre placement d'origine.

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